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Le « Japanese Keyword Hack » : votre site se fait pirater, et vous ne voyez rien

Luc Del Beato 11 juin 2026 11 min de lecture

Votre site WordPress s'affiche normalement. Vos pages sont impeccables. Et pourtant Google sert, en votre nom, des centaines de pages de spam en japonais vers des contrefaçons et des casinos. Vous ne le voyez pas, c'est précisément le but. Voici l'un des piratages les plus sournois du web, et comment on s'en débarrasse.

TL;DR

Qu'est-ce que le Japanese Keyword Hack, au juste ?

C'est une famille d'attaques SEO qui fait des ravages depuis des années, et qui revient en force. Le principe : un attaquant prend le contrôle d'un site WordPress légitime, le vôtre, celui d'un artisan, d'une PME, d'une association, et y injecte des centaines, parfois des milliers de pages de spam, le plus souvent en japonais, parfois en chinois. Ces pages pointent vers de la contrefaçon (sacs, montres), de la pharmacie illégale ou des casinos en ligne.

Le génie pervers de l'attaque, c'est que le propriétaire ne voit absolument rien. Vous tapez l'adresse de votre site : tout est normal. Vous parcourez vos pages : rien d'anormal. Connecté en admin : impeccable. Le spam n'est servi qu'à une seule entité au monde, Googlebot. On appelle ça le cloaking, et c'est exactement pour ça que ce hack reste invisible des semaines, parfois des mois.

Le but n'est pas de défigurer votre site. Il est de voler son autorité aux yeux de Google, silencieusement, le plus longtemps possible.

Comment on s'en aperçoit (toujours trop tard)

Comme le hack est invisible sur le site lui-même, on le découvre presque toujours par un signal indirect. Les classiques que je vois en intervention :

Le pire moment pour découvrir tout ça, c'est quand un client vous appelle parce que son site est marqué « Ce site peut endommager votre ordinateur » dans les résultats. À ce stade, le mal est fait, mais c'est totalement réparable. J'y reviens.

Le mécanisme, étape par étape

Comprendre comment l'attaque s'installe, c'est comprendre pourquoi un simple « j'ai supprimé un fichier bizarre » ne suffit jamais. Il y a quatre temps.

1. L'entrée

Le point d'entrée est presque toujours le même : un plugin ou un thème vulnérable et non mis à jour, ou un identifiant FTP/admin fuité. L'attaquant exploite la faille pour déposer une backdoor PHP obfusquée, un web shell, souvent planquée dans /wp-content/uploads ou camouflée dans un fichier d'apparence légitime.

2. La persistance

Un attaquant sérieux ne pose jamais une seule porte. Il installe une tâche cron malveillante (via wp_schedule_event), crée un utilisateur admin fantôme, modifie le .htaccess, et sème plusieurs backdoors imbriquées. C'est volontaire : supprimer la première ne sert à rien, une autre la régénère cette nuit.

3. L'injection

Le contenu de spam n'est pas forcément stocké en fichiers. Très souvent, les URL et le contenu vivent dans wp_options et wp_posts, parfois sous forme de PHP sérialisé pour passer inaperçus. Un faux sitemap est ensuite soumis à Search Console pour que Google indexe le spam le plus vite possible.

4. Le cloaking

C'est la pièce maîtresse. Le code malveillant teste le User-Agent (et parfois l'IP) de chaque visiteur. Googlebot ? On lui sert les pages de spam japonais. Un humain, ou l'admin connecté ? On lui sert le vrai site, intact. Voilà pourquoi vous ne voyez rien : vous n'êtes tout simplement pas la cible de l'affichage.

⚠️
Le piège classique : le propriétaire vérifie son site, le trouve normal, et conclut « fausse alerte de Google ». Pendant ce temps, le domaine continue de se brûler aux yeux du moteur. Toujours vérifier du point de vue de Googlebot, jamais du sien.

La détection : les bons réflexes

Quand j'arrive sur un site potentiellement infecté, je déroule toujours la même check-list. Aucune étape n'est facultative.

# 1. voir le site comme Googlebot, le cloaking se révèle
curl -A "Mozilla/5.0 (compatible; Googlebot/2.1; +http://www.google.com/bot.html)" \
     https://votredomaine.fr/ | grep -i -E 'casino|viagra|ブランド|激安'

# 2. traquer l'obfuscation dans tout le PHP
grep -rE 'base64_decode|eval\(|gzinflate|str_rot13' wp-content/ \
     --include='*.php' -l

# 3. confronter le core aux checksums officiels
wp core verify-checksums
wp plugin verify-checksums --all

La ligne qui fait toute la différence, c'est la première. Tant qu'on regarde le site avec un navigateur normal, on ne verra jamais le problème. C'est en se faisant passer pour Googlebot que le déguisement tombe, et là, le spam japonais apparaît d'un coup, en pleine page d'accueil.

💡
Pourquoi les scanners automatiques passent à côté : ils crawlent souvent avec leur propre User-Agent, pas celui de Googlebot, donc le cloaking les trompe aussi. Et ils nettoient « le » fichier détecté en ignorant les backdoors imbriquées. D'où des sites « scannés et propres »… qui se ré-infectent le lendemain.

Le nettoyage : tout, ou rien

Nettoyer un site sous Japanese Keyword Hack n'a rien d'un coup d'éponge. Si on en laisse une seule porte, l'attaquant rentre par elle et tout recommence. La séquence que je suis, dans l'ordre :

Cette dernière étape, le durcissement, est ce qui sépare un nettoyage qui tient d'un sparadrap qui craque. Un site juste « nettoyé » mais pas durci est un site qui se fera ré-infecter, parce que rien n'a changé sur ce qui a permis l'entrée.

La moitié qu'on oublie : la récupération SEO

Voici l'erreur la plus fréquente, même chez des pros : croire que le travail s'arrête au site propre. Faux. Une fois le site nettoyé, Google continue d'afficher le spam dans son index et de pénaliser le domaine. Tant qu'on ne lui dit pas explicitement « c'est réglé », rien ne bouge.

⚖️
La réalité du calendrier : le nettoyage technique se fait en heures. La récupération SEO, elle, prend des jours à des semaines, le temps que Google recrawle, désindexe le spam et rende sa confiance au domaine. La patience fait partie du remède.

Cas vécu : l'artisan qui vendait du Viagra à son insu

Un artisan me contacte, paniqué. Son site vitrine, quelques pages, une galerie, un formulaire de contact, s'était mis à servir des pages de pharmacie illégale à Google. Lui ne voyait rien : son site était parfaitement normal sous ses yeux. Mais en cherchant son entreprise sur Google, il tombait sur des résultats en japonais à son nom de domaine, et Search Console venait de lui coller une alerte de sécurité.

Diagnostic : un vieux plugin non mis à jour avait servi de point d'entrée. Trois backdoors imbriquées, un admin fantôme, un cron qui réinjectait le spam chaque nuit, et un faux sitemap soumis à Google. Le nettoyage complet a pris moins de 24 heures, toutes les portes, la base, les clés, le durcissement. La récupération du référencement, elle, s'est étalée sur les semaines suivantes : désindexation du spam, examen de sécurité levé, positions revenues à la normale. Aucune donnée client n'avait fuité, l'attaque ne visait que l'autorité du domaine.

Ce que je retiens

Si vous lisez ça avec une boule au ventre parce que ça ressemble trop à votre situation : respirez. C'est sournois, mais c'est réparable, et ça se répare vite quand on sait où regarder. Le plus dur n'est pas de nettoyer, c'est de tout nettoyer, et de penser à la deuxième moitié : rendre sa réputation au domaine.

// wp-pirate.fr

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Luc Del Beato

Senior Lead Engineer, ~20 ans de web. Do-er passionné de résolution de problèmes, de belle architecture et d'automatisation ; les agents IA, c'est ma direction. Mon parcours →